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Publications / L'ermite au plus profond de nous
papers · 2026-06-06

L'ermite au plus profond de nous

Prof. Em. Freddy Decreus
Traduction IA
L'ermite au plus profond de nous

Avec John Robinson, aucun nouveau mythe ne naît au sens classique du terme. Aucun héros ne se lève pour vaincre le chaos, aucun ordre divin n'est rétabli, et aucune histoire ne guérit une fois pour toutes les fractures du temps.

Ce qui apparaît à la place est bien plus fragile : un réenchantement timide d'un monde désenchanté. C'est comme si le mythe ne pouvait plus exister en tant que système clos et souverain, mais seulement comme une trace vacillante, un écho errant à travers un paysage creux de signes.

Au sein de ce monde de transition, d'anciennes figures reviennent : la Mort, l'Étoile, la Lune, l'Ermite. Mais elles ne portent plus les certitudes qui les entouraient autrefois. Elles apparaissent comme des vestiges spectraux de la mémoire culturelle, détachés de leur contexte d'origine, dérivant à travers des espaces de vide et de silence. Leur présence ne crée pas la clarté ; elle dérègle. Le mythe n'est pas reconstruit mais éventré, dépouillé de son harnais idéologique jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un noyau vulnérable d'expérience existentielle.

Au centre de cet espace mythologique renouvelé se tient la figure de l'Ermite. Non comme un maître sage qui connaît le chemin, mais comme un être liminal, flottant entre disparition et apparition, entre culture et intériorité, entre vie et mort.

L'Ermite se retire du monde saturé d'images et de slogans, du langage épuisé du progrès et de l'identité. Sa solitude n'est pas une fuite, mais un geste nécessaire de résistance. À une époque où les significations collectives s'effritent, le retrait devient un acte spirituel : une tentative d'écouter à nouveau ce qui respire encore sous les ruines de la culture.

Et pourtant, une question inquiétante continue de résonner dans l'univers de Robinson :

Est-ce là tout ce que nous pouvons faire ?

Les ermites deviennent des figures tragiques errant dans un monde « Ohne People », dépouillés de toute certitude commune et abandonnés par les récits qui nous tenaient jadis debout. « Ne faites jamais confiance aux images du monde », semblent murmurer les œuvres, « car toute image est temporaire, toute représentation est prise dans les rets du pouvoir ». La scène se transforme en un champ de miroirs brisés où la conscience elle-même vacille, où nous découvrons tous que nous ne pouvons maintenir la cohérence de notre récit. L'identité se fragmente. La continuité se dissout. L'homme perd son emprise sur les récits qui ordonnaient jadis la réalité.

En ce sens, les figures de Robinson semblent prises dans un état de recul existentiel (« existential backtracking »). Un mouvement qui n'avance pas, mais qui est à la fois tourné vers l'intérieur et vers l'arrière : vers le retrait, vers le silence, vers le démantèlement de la certitude.

L'Ermite s'apparente au paria errant, à Herzog, à Thug, âmes déracinées qui se meuvent à travers les ruines d'un sens épuisé. On ressent dans ces œuvres les impressions d'une conscience post-Covid : un monde marqué par l'isolement, les rituels interrompus, le deuil et la vulnérabilité soudaine de toutes les structures humaines. La mort n'apparaît plus comme un symbolisme abstrait, mais comme une blessure intime et collective, silencieusement portée sous la surface du quotidien.

C'est pourquoi les rituels de Robinson portent en eux une étrange tension frémissante. Ils ressemblent à des séances spirituelles, des gestes sans foi ferme, des mouvements à la fois vides et chargés. Et pourtant, malgré tout, ils rassemblent les gens ; un sentiment d'unité flotte dans l'air, mais est-il sincère et fiable ? C'est comme si les performeurs pelaient lentement les symboles évidés de la culture occidentale pour retrouver une résonance intérieure plus profonde. Ce qui compte n'est pas le rétablissement d'une vérité partagée, mais l'expérience de l'incertitude elle-même, le séjour dans un état liminal où les anciennes certitudes meurent avant même que de nouvelles formes ne soient nées.

Parfois, l'œuvre de Robinson suggère une impulsion iconoclaste : les peintures elles-mêmes doivent-elles être ruinées parce qu'elles ne sont que des représentations d'un monde que nous devons quitter ? Les images doivent-elles s'effondrer pour que la perception elle-même puisse recommencer ? La destruction de la représentation n'est pas ici purement nihiliste ; elle est préparatoire, presque rituelle, un déblaiement de systèmes symboliques épuisés pour rouvrir la possibilité d'un autre commencement.

Cette liminalité atteint une intensité particulière dans Thangka, où naît un nouvel espace intermédiaire. Un lieu où meurt l'ancien « Léviathan » : les structures rigides du pouvoir, de l'identité et de l'évidence culturelle. Ce qui subsiste n'est pas une renaissance triomphante, mais un champ ouvert de transformations possibles. Un terrain fragile où les convictions redeviennent fluides et où l'individu doit se réinventer face à l'immensité de la vie et de la mort.

Les nouvelles métaphores de Robinson – le moustique, la tête crispée – fonctionnent de la même manière. Ce ne sont pas des symboles stables au sein d'une nouvelle mythologie de l'ego, mais des symptômes d'un monde qui a perdu ses significations fixes. Pourtant, c'est précisément là que réside leur force. Car en refusant de dissimuler le vide et en le rendant au contraire visible, elles ouvrent un espace d'humilité. Non pas une mythologie héroïque du soi, mais une existence vulnérable qui apprend à séjourner dans l'incertitude.

Et ainsi l'Ermite devient finalement la figure centrale de ce temps de transition. Non parce qu'il possède des réponses, mais parce qu'il a le courage de se retirer dans le silence entre les mondes anciens et nouveaux. Il veille sur un espace intérieur où l'homme, dépouillé de ses masques culturels, se retrouve confronté aux questions élémentaires de la mortalité, de la perte et de la transformation.

Peut-être ce retrait n'est-il pas la fin du voyage. Peut-être marque-t-il ce que le Tarot appelle la Position Zéro, la place qu'occupe le Fou, l'archétype du potentiel. La figure qui se tient au bord de l'abîme avec presque rien, dépouillée de certitude, d'identité et de destination. Non pas ce héros triomphant du mythe classique, mais le voyageur fragile d'une époque en éclats. Le Fou s'avance sans garanties, et recommence précisément parce que tous les mondes précédents se sont effondrés.

Dans l'univers de Robinson, le retrait n'est donc pas une fin, mais un seuil nécessaire : un lieu obscurci où le sens et l'orientation existentielle peuvent surgir d'une tout autre manière, où l'âme, après l'effondrement des représentations épuisées, ose recommencer.

Em. Prof. Decreus a écrit ce texte dans le cadre des performances et de l'exposition PEOPLE RUIN PAINTINGS de John Robinson à la fondation DeNode, sous le commissariat de Hanna Ouaziz — 14 février - 28 avril 2026

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