ExpositionsProgrammeArtistesPublicationsCollectionBoutiqueÉvénementsVisiteÀ proposRecherche
Publications / entre masque et identité : la dualité de Kat Bové
interview · 2025-04-20

entre masque et identité : la dualité de Kat Bové

Traduction IA

Kat Bové est une apparition : en couleurs vives et imprimés léopard, elle semble danser à travers la vie. Pourtant, elle a aussi un côté sombre, qu'elle montre rarement. Derrière la façade joyeuse se cache une femme introvertie qui, depuis des années, met ses démons, ses doutes et ses questions sur le papier. Pour elle-même, mais depuis peu aussi pour le grand public. Pour sa dernière exposition WHO IS YOUR GOD WHERE IS SHE, elle partage sa quête éternelle de cette dualité en elle. Et elle invite les autres à chercher les dieux qui, au milieu d'un monde sombre, leur indiquent le chemin vers la lumière.

Beaucoup de tes œuvres semblent drôles au premier abord, mais, quand on y réfléchit plus profondément, elles ont aussi quelque chose de solitaire. Le vois-tu toi-même ?

Cette solitude se glisse souvent dans mon travail, oui, tout comme dans la vraie vie. Peut-être que tout le monde est seul parfois, mais elle peut vraiment me submerger, comme un écho du passé. Ce passé, c'est mon enfance, où, à huit ans, j'ai été envoyée en internat alors que je ne le voulais pas du tout. Je me suis retrouvée dans un internat de filles où tout le monde était plus âgé que moi.

J'avais du mal à trouver ma place, y compris auprès de mes camarades de classe, et je me suis sentie intensément malheureuse toutes ces années. J'en plaisante parfois, « on reparle de mon enfance traumatisante ? », mais c'était bel et bien traumatisant, je ne peux pas le contourner. Cela transparaît dans ce que je fais, surtout parce que j'ai longtemps cru que je ne voudrais jamais exposer. Les œuvres que je réalisais, je les faisais purement pour moi, et peu à peu elles ont formé un monde dans lequel je me sentais bien.

Pourtant, qui regarde tes œuvres voit chaque fois des femmes fortes, souvent toi-même, qui, avec une bonne dose d'humour, se moquent de toutes sortes de clichés…

Ces femmes sont celles que je voudrais être. C'est surtout dans mes autoportraits que cet élément est très présent. Je crée une version puissante de moi-même, dans l'espoir de pouvoir m'approprier une partie de cette force. Mais qui regarde bien découvrira toujours une couche supplémentaire, dans laquelle je perce cette façade. C'est quelque chose avec quoi je me débats : quand je sors, les gens voient une version extravertie de moi-même, mais quand je rentre, je veux surtout disparaître dans mon atelier, comme une ermite, loin de tous. Parfois je me sens comme un clown qui joue un numéro, ce que je retravaille ensuite dans beaucoup de mes tableaux. Ce côté extraverti est-il faux ? Ou en ai-je simplement besoin pour fonctionner ? Je ne sais pas, même si je sens que ces masques me pèsent de plus en plus. Parce que mes œuvres étaient d'abord destinées à moi seule, on voit cette quête revenir sans cesse. C'est vraiment l'une des grandes questions de ma vie.

Pendant des années, tu as caché ton travail au grand public. Qu'est-ce qui t'a finalement décidée à l'exposer ?

Cette idée a dû mûrir. Je préfère encore garder chaque œuvre près de moi, dans mon atelier, mais peu à peu j'ai fini par comprendre que mes œuvres peuvent aussi signifier quelque chose pour d'autres. Et que c'est beau aussi, un tableau qui trouve son chemin vers quelqu'un à qui il apporte quelque chose. Beaucoup d'amis m'ont un jour demandé s'ils pouvaient m'acheter quelque chose et, longtemps, j'ai dit non, mais entre-temps je me suis habituée à l'idée. Mon frère, artiste lui-même, y a joué un rôle important. Il m'a convaincue de poster de temps en temps une œuvre sur Instagram. Cela m'a habituée à l'idée d'un public. Et quand on m'a demandé si je voulais exposer à la Zeepziederij à Bree, j'ai cédé. Cet espace semi-industriel sonnait juste, je voyais déjà mes œuvres y être accrochées.

Qu'a provoqué ta première exposition ?

À ma grande surprise, pas mal de choses. Il y a eu de l'attention médiatique, les gens ont commencé à acheter mon travail et surtout : ils y voyaient quelque chose, en retiraient quelque chose, en étaient touchés. J'ai entendu quelqu'un expliquer qu'il achetait l'œuvre pour sa compagne dans l'espoir qu'elle y puise de la force. On ne peut pas me faire de plus beau compliment. Cela rend aussi plus facile de laisser partir les œuvres.

L'attention de la presse s'est surtout portée sur le fait que tu es hôtesse de l'air et que, même en déplacement, tu sors constamment tes pinceaux.

Dans l'avion, au énième bord de piscine avec le énième nouvel équipage… Ces pinceaux voyagent partout avec moi. J'ai tout un dossier plein de dessins de collègues. Pour moi, c'est une sécurité. Quand nous restons bloqués quelque part deux ou trois jours avec l'équipage, ma chambre d'hôtel devient mon atelier. Quand je suis parmi l'équipage, j'ai toujours mon cocon de stylo et de papier à portée de main. Pendant que mes collègues parlent, traînent, jouent, je les portraiture.

À Nodenaysteen, nous ne verrons pas les portraits de tes collègues. Que pouvons-nous attendre de WHO IS YOUR GOD, WHERE IS SHE ?

Une quête, que croyais-tu ? (rires) J'y montre surtout beaucoup d'autoportraits, mais sous une forme idéalisée, sous la forme que moi, et par extension beaucoup de gens, voulons être : vive, puissante, avec parfois un bon doigt d'honneur à la société. Surtout, n'attendez aucune certitude, j'ai plus de questions que de réponses. Chaque image joue avec le contraste, avec la confusion, avec la contradiction. La vulnérabilité du corps nu face à la puissance de l'iconographie, le conflit entre l'image et le texte, l'humour d'un message face à la réalité profondément triste. Lumière contre obscurité, couleur contre noir. Je veux montrer qu'il est permis d'avoir les deux en soi, tant qu'on a quelque part des « dieux » pour nous montrer le chemin vers la lumière. Pour moi, ce sont des femmes : porteuses du monde, incarnations de la force. Je portraiture quelques-unes de mes héroïnes, mais surtout cette version idéalisée de moi-même qui, si l'on regarde bien, a toujours un côté vulnérable quelque part. Le titre de l'exposition est d'ailleurs tiré de la chanson Multi-Love de Unknown Mortal Orchestra, comme un clin d'œil à la manière dont des citations issues de la musique et de la littérature se glissent souvent dans mon travail.

Enfin ceci : pendant des années tu as peint uniquement pour toi, cela ne nécessitait pas de mots, tu comprenais parfaitement ce que tu faisais. Comment est-ce, de devoir soudain expliquer ton travail ?

Cela aussi est une quête. Pour moi, tous ces mots ne sont en réalité pas nécessaires. Laissez mes œuvres parler d'elles-mêmes. Elles crient déjà bien assez.

Expositions: Who is your God, Where is She →

Artiste: Kat Bové →