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Publications / The church of Kat Bové
papers · 2025-04-20

The church of Kat Bové

Traduction IA
The church of Kat Bové

Personne n'aurait pu peindre un Van Eyck avant la mise au point de la peinture à l'huile, personne n'aurait pu faire un Courbet avant la révolution industrielle, et personne n'aurait pu créer un Dalí avant l'émergence de la psychanalyse. Il s'avère ainsi que l'art que nous qualifions d'intemporel est en réalité toujours très actuel. Il est toujours le produit de la technologie et de l'idéologie dans lesquelles il a été baptisé. Il en va de même pour l'œuvre de Kat Bové.

Son travail imite sans vergogne les selfies au miroir, renvoie à l'interface d'Instagram et parodie la culture des influenceurs. Il est réalisé avec des matériaux comme la peinture acrylique fluo, le graffiti et les marqueurs Posca. Son style puise dans les dessins animés et l'art publicitaire. L'iconographie hyper-contemporaine qu'elle emploie sera aussi cryptique pour les générations futures que celle des amphores grecques ou des sarcophages égyptiens. De toutes les manières possibles, l'art de Bové reflète le moment où il a été créé. Nulle part cela n'est plus clair pour moi que dans la façon dont l'artiste aborde l'un des thèmes centraux de l'exposition : la féminité.

L'histoire du féminisme occidental est souvent divisée en trois phases, ou vagues. Le but de la première vague était d'obtenir les mêmes droits que les hommes. Mais à mesure que ces droits s'acquéraient au compte-gouttes, d'autres complexités sont apparues. Les féministes de la deuxième vague ont compris que l'oppression des femmes n'était pas due seulement à l'inégalité institutionnelle explicite, mais aussi à tout un ensemble de normes de genre subtilement entretenues par tous, y compris les femmes elles-mêmes.

Cette deuxième vague a culminé dans un féminisme qui s'opposait radicalement à tout ce qui était perçu comme « typiquement féminin ». À bas les robes roses et le maquillage – une vraie féministe portait des jeans et laissait pousser ses poils d'aisselles. Elle n'avait ni mari ni enfants. Elle n'était pas sage, souriante ou mignonne, mais dure, stoïque et radicale.

Bien que le féminisme ait acquis une grande profondeur théorique dans cette deuxième vague, il a hélas aussi acquis une mauvaise réputation. De plus en plus de femmes se sont senties étrangères et exclues de ce type de féminisme. C'est ainsi que, dans les années 1990, est née la troisième vague : un féminisme pour tous. Que vous soyez une femme musulmane voilée, une femme trans lesbienne, une travailleuse du sexe ou une hôtesse de l'air, la seule chose qui compte est que vous vous sentiez bien dans votre identité de genre et votre sexualité. C'est bien sûr cette idéologie que rayonne l'œuvre de Bové. Ses autoportraits nus, aux joues rougissantes et aux grands yeux, semblent correspondre parfaitement à l'image traditionnelle de la femme dans notre société. À un aspect près : que la honte y cède la place à la fierté.

Le titre de l'exposition est « Who is your God, where is she ? » En entrant, une réponse à cette question semble vite s'offrir. Bové se représente comme si elle était l'icône d'une sainte, un halo derrière la tête et une épée à la main. L'empowerment féminin semble virer au narcissisme de mauvais goût. Un spectateur impatient ressortirait peut-être de l'église de Bové avec cette conclusion. Pourtant, l'amateur d'art attentif verra vite que, derrière toutes les belles apparences, se cache une insécurité. Bové semble supplier ses spectateurs : trouvez-moi belle, jugez-moi forte, déclarez-moi sainte ! Dans les inscriptions de ses œuvres, ces insécurités sont souvent rendues explicites. C'est cette dimension qui rend, pour moi, l'œuvre de Bové vraiment fascinante. Dans cette exposition, je n'ai pas seulement vu le reflet de la troisième vague féministe, je me suis aussi heurté aux limites de cette philosophie. C'est une philosophie qui nous demande de trouver une expression de genre et un vécu de la sexualité dans lesquels nous puissions être sûrs de nous, mais qui nie que notre identité dépend toujours de sa reconnaissance par les autres.

Peu après que les frères Van Eyck eurent peint L'Agneau mystique, Martin Luther allait renier ce type de peinture et déclencher l'iconoclasme. Mieux encore : c'est précisément cet art de la Renaissance qui a stimulé le réformisme. Le grand art n'est pas seulement actuel ; il révèle aussi toujours les limites de son époque. Il en va de même pour l'œuvre de Bové. Elle pousse la troisième vague jusqu'au point où elle devra céder la place à une quatrième. L'exposition est comme une église qui met ses visiteurs au défi de commettre un iconoclasme. Elle est actuelle, et par là seulement, intemporelle.

Expositions: Who is your God, Where is She →

Artiste: Kat Bové →