
J'imagine peu d'endroits aussi désagréables que les toilettes d'un train. Nul besoin d'être claustrophobe ou obsédé par l'hygiène pour s'y sentir oppressé. C'est un endroit que je préfère par-dessus tout éviter. Quand le besoin se fait pressant et que j'entre malgré tout dans le minuscule réduit, dont les murs sont couverts de tags et d'autocollants, tandis que je file à 200 kilomètres à l'heure sur les chemins de fer belges, je ne veux qu'une chose : en ressortir au plus vite. C'est probablement votre cas aussi. Mais pas celui de l'artiste Okan Mentes. Ce Bruxellois de dix-neuf ans sait trouver la beauté jusque dans les endroits les plus laids. Ainsi, dans cette exposition, on trouve une photo qu'il a prise de l'eau aspirée en cyclone vers les profondeurs à travers le fond en inox de la cuvette des toilettes du train. Cela peut sonner comme une blague – une sorte de coup à la Duchamp – mais ce n'en est pas une. Okan n'a pas pris la photo dans l'intention d'en faire une œuvre conceptuelle. Il l'a prise uniquement parce qu'il y voyait quelque chose d'esthétique. Et que cette esthétique se trouve au fond d'une cuvette de toilettes est, en réalité, sans importance.
Les artistes ne sont pas réputés pour leur modestie. Je peux vous assurer qu'Okan fait ici exception. Lorsque je l'ai rencontré pour la première fois il y a quelques semaines, j'ai été surpris par son enthousiasme communicatif et sa soif d'apprendre. Il semblait bien conscient qu'en tant que jeune artiste, il avait encore beaucoup à apprendre. Cette modestie, je la vois aussi reflétée dans ses œuvres. Cette exposition n'est certainement pas la déclaration tonitruante d'une philosophie cohérente. C'est plutôt une quête incertaine de beautés fragmentées.













